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L’Office Divin, ou la table du moine.

Que fait-on pendant l’office ? Les moines prient, répondra-t-on couramment. Oui, on l’espère. Mais qui les a invités à prier ? Voilà qui change un peu la donne, et pourrait nous apprendre ce que c’est de «prier».

C’est le Père de famille qui les a invités : «Notre Père». Et l’on y va pas tout seul : il y a beaucoup de monde, car les moines y sont entourés des anges, vous savez, ceux qui sont «en présence» de Dieu en permanence. Voilà qui facilite la tâche : car vous pouvez avoir quelques distractions ou vous abstraire un temps de la conversation, il y a toujours un ange qui veille sur vous et vous réveillera au bon moment. A moins que le déroulement de la prière lui-même ne vous rappelle à l’ordre. L’ordre ? Quel ordre ? Il est vrai que Saint Benoît appelle «ordo» son règlement de la prière. Dans l’Église latine, c’est réglé comme une chorégraphie. On danse plus ou moins bien, on chante plus ou moins bien. Qui a vu que dans une fête familiale seuls les grands artistes avaient droit à la parole ? Non, on y fait vivre des traditions, si belles. Et un esprit. Tiens, il était temps de parler de lui : que serait notre liturgie sans l’Esprit de Dieu lui-même, à l’œuvre en chacun ?! C’est peut-être pour cela que la Tradition appelle l’office «l’œuvre de Dieu, Opus Dei». C’est vrai dans les deux sens : de Dieu et pour Dieu, par des hommes qui sont fils et filles de Dieu, invités par leur Père.

Et Jésus ? Il faut même dire «Jésus-Christ» : car il a payé un certain prix pour mériter ce titre, préparé avant les siècles, dit la Tradition juive. C’est lui qui parle. C’est lui qui a parlé dans les Psaumes, la prière de l’Alliance entre Dieu et Israël, le lieu de toutes les prières du monde, parce qu’on y trouve l’homme simplement devant Dieu. Et Dieu se réjouit, et Dieu exulte. En silence. C’est le bonheur de Dieu avec ses enfants. C’est ce bonheur qui donne à la liturgie son caractère à la fois solennel et familial, simplement vivant.

Et Marie, «la mère des vivants», veille avec nous : «Comment m’a-t-il donné autant d’enfants, Celui-ci ?» Par toute une histoire de création et re-création qui est célébrée dans la liturgie de l’Église : l’office quotidien des Psaumes, au rythme de la Création, «aux portes du matin et du soir» : laudes et vêpres, accueille l’héritage des souffrances et des joies humaines : un combat et une espérance. La célébration de l’Eucharistie du Seigneur Jésus-Christ, au milieu de la journée, accueille le Pain et le Vin qui résument à jamais ces combats, «pain» et «combat» (un même mot en hébreu), et ces espérances, celles d’une humanité réconciliée dans la Maison du Père.

Car la liturgie a un sens : elle fait mémoire d’une histoire et vous y donne votre place ! Avec beaucoup d’autres, dans une communion qui se noue dans un événement qui éclaire toute «l’année liturgique» : la Résurrection du Seigneur.

D’un dimanche à l’autre, l’annonce en court et porte la Nouvelle, «l’Évangile», qui se déploie autour de la Pâque de Jésus-Christ, que l’Église a suivi depuis son baptême au Jourdain et son ministère en Galilée, jusque dans sa montée à Jérusalem –qui est proprement le Carême– et dont elle célèbre la Pâque jusque dans l’espérance de Pentecôte, où elle reçoit l’Esprit Saint, le «don du Père».

Préparée dans cette attente de la Promesse par le temps de l’Avent, l’Église reconnaît dans l’Enfant de Bethléem l’avènement de son «Sauveur» : celui d’Israël et de toutes les Nations en la fête de Noël. Ornée des multiples «mystères» de la vie du Christ et du rayonnement des saints, elle processionne ainsi à travers le temps et y accompagne et guide tous ses fils, «ceux qui sont proches et ceux qui sont loin», vers la Jérusalem céleste, celle «en qui chacun est né», et à qui «chacun dit : «“Mère”».

L’Évangéliaire

Cliquez sur l’image pour ouvrir l’évangéliaire.

En 1987, à l’occasion des 25 ans de profession monastique du Père Abbé, le Frère Jean-Baptiste, les moines et moniales-oblates d’Abu Gosh ont eu à cœur de lui offrir un évangéliaire qui traduit, en dessins et enluminures, les fêtes de l’Église qui sont leur chemin propre.

Cet évangéliaire devait être l’œuvre de toute la communauté. Comme nous ne pouvions copier tout l’Évangile, l’équipe responsable décida de se limiter aux grandes fêtes de l’année liturgique propre au monastère. Puis la tâche fut répartie : chacun avait en charge quelques feuillets de texte et d’illustrations. Chacun avait la liberté d’écrire comme il voulait, d’illustrer comme il voulait (style, technique, matériaux) avec pour seule contrainte les marges et la hauteur des lettres.

Magnifiquement enchâssé dans une reliure d’argent et de pierres semi-précieuses par le Maître Goudji, grâce à l’amitié et la générosité de l’association des Amis de l’Abbaye, cet évangéliaire est le témoignage de la prière d’une communauté bénédictine et de son incarnation en Terre d’Israël et de Jésus.