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Fondé au moins 6000 ans avant JC, le village d’Abu Gosh s’est construit autour d’une source qui abonde tout au long de l’année, sur un axe qui deviendra le chemin des pèlerins vers Jérusalem depuis la côte.

Dès la période biblique, ce lieu trouve un nom : Kyriat Yéarim. Son histoire est marquée par la présence de l’Arche d’Alliance au temps du roi David (1 Rois). C’est en ce lieu que la mémoire chrétienne de Terre Sainte fait commencer le «chemin d’Emmaüs» qui conduira les deux disciples découragés vers la rencontre du Ressuscité (Luc 24).

Elle-même terre de carrefour, la Terre Sainte voit alors les romains envahir le pays ; à Abu Gosh ils construisent des bassins pour la source. Puis la civilisation byzantine fleurira ensuite tout alentour… Les événements, cultures et faits religieux commencent à se croiser en ce lieu de passage et de pèlerinage où bientôt les califes de Bagdad construisent un caravansérail, dont les restes fournissent les bases d’une structure encore visible autour du monastère, qui permettra, au temps des Croisés, de construire une hôtellerie et un couvent adjoint à une église bâtie sur la source.

Commandée par l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean (devenu Ordre de Malte), cette église et son couvent sont vraisemblablement au service d’un projet d’établissement d’un lieu spécifique pour les pèlerins, autour de l’épisode évangélique d’Émmaüs et de la Résurrection du Seigneur.

Un aspect particulier de la vocation du lieu à travers le temps apparaît alors à nouveau : des fresques sont réalisées sous la direction d’un maître de Chypre, mais pour une commande latine, et les inscriptions en grec et en latin se mélangent : heureux événement permis par la partielle réconciliation entre les Patriarcats d’Orient et d’Occident dans le créneau historique des années 1160-1170. Le lieu s’affirme décisivement en son identité propre et inscrit dans ses murs sa vocation de réconciliation.

Puis le projet d’Emmaüs tourne court avec l’arrivée de Saladin en 1187, et c’est une autre culture qui s’installe durablement. Les Mamelouks laissent leurs marques, transforment le couvent-forteresse en caravansérail. Puis s’installeront des familles musulmanes qui créeront, proprement dit, le village d’Abu Gosh, et qui contrôleront longtemps ce lieu de passage des pèlerins, avant d’être elles-mêmes confrontées au XXème siècle à un nouveau défi : la présence juive et les heurts du conflit israélo-arabe ; les circonstances, une fois encore, permettent à Abu Gosh de choisir de rester un lieu de passage, un carrefour, où continueront de passer Juifs, Chrétiens et Musulmans, de nationalités et origines diverses.